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QUESTIONS DACTUALITE
Quelles que soient les orientations politiques de nos gouvernements, il y a souvent loin des paroles aux actes, surtout lorsquil sagit des droits des enfants. Le gouvernement actuel ne semble pas vouloir échapper à cette règle.
Lors de la journée détude de lATEJ, en mai 98, nous nous interrogions sur la suite qui serait donnée aux propositions de lATEJ «Théâtre et nouveaux publics : pour une politique de lenfant spectateur». Nous avions en effet remarqué quau moment des concertations concernant la «Charte des missions du service public» les publics denfants, priorité désignée par notre Ministre de la Culture, avaient disparu entre la rue de Valois et la rue Saint Dominique.
Nous avions également constaté que cette «priorité», maintes fois affichée dans les médias, ne bénéficiait daucune traduction technique dans le nouvel organigramme de la DMDTS.
Depuis quelques mois, après la conférence de presse de Catherine Trautmann du 12 janvier dernier, intitulée «une politique pour le spectacle vivant», nous sommes confortés dans notre scepticisme : les dispositions envisagées sont loin de prendre en compte lessentiel cest-à-dire les objectifs, les enjeux et les conditions économiques de la création théâtrale en direction des publics denfants.
DES PERSPECTIVES EN TROMPE-LOEIL
Constat n° 1
Dans cette conférence de presse, les «jeunes publics», pourtant désignés comme «priorité ministérielle», nont fait lobjet que dun très court paragraphe dans un document de plus de 80 pages. Ce paragraphe nest pas inclus dans la partie de la conférence intitulée « Stimuler la vitalité de la création artistique » mais dans la partie intitulée «Promouvoir une dynamique de démocratisation des pratiques culturelles». En compagnie de considérations sur «a politique tarifaire dans le secteur du spectacle vivant»
Constat n° 2
La création comme son financement nont pas été abordés en tant quéléments déterminants dune politique en direction des jeunes publics.
Constat n° 3
Lexistence et les actions artistiques des compagnies et des établissements spécialisés ont été paradoxalement passées sous silence.
Constat n° 4
Les mesures annoncées et qui devaient répondre à lune des priorités ministérielles nont fait lobjet daucun chiffrage, daucune identification budgétaire spécifique pour 99 (au niveau de la DMDTS comme au niveau des DRAC).
Constat n° 5
En dehors de la surprenante disposition relative à la mission des CDNEJ (voir ci-après nos questionnements sur la marginalisation du théâtre) les mesures ministérielles énoncées le 12 janvier dernier sinspirent partiellement des propositions faites par lATEJ, dès 95, lors de la publication du livre blanc «Théâtre et nouveaux publics : pour une politique de lenfant spectateur» (notamment en ce qui concerne la création dun théâtre à Paris, des mesures budgétaires nouvelles pour plusieurs établissements spécialisés, létablissement de conventions jeunes publics). Mais bien quétant partiellement reprises, les propositions de lATEJ sont vidées de leur sens initial.
En premier lieu, les «conventions jeunes publics» demandées par lATEJ sont des conventions permettant de soutenir et de financer simultanément la création et la diffusion (conventions spécifiques avec les compagnies et, simultanément, conventions spécifiques avec les établissements de diffusion). Dans le texte ministériel il nest question que de diffusion. De plus, les conventions quil prévoit pour les établissements de diffusion ne semblent devoir bénéficier daucun financement approprié. De façon étrangement restrictive, elles ne concerneraient que les seuls établissements actuellement subventionnés par lEtat
Ces conventions risquent donc de nêtre que des déclarations dintention purement formelles. Ainsi comprises, elles ne devraient pas faire illusion. Elles pourraient en effet savérer, ce qui serait particulièrement néfaste, comme de redoutables facteurs dimmobilisme en figeant, pour longtemps et dans son état économique actuel, une diffusion «jeunes publics» qui, comme chacun le sait, est gravement pénalisée par un manque chronique de moyens financiers.
En second lieu, les mesures ministérielles envisagées, au-delà des propositions de lATEJ, sélargissent à lensemble de laction culturelle pour jeunes publics. A première vue, cet élargissement et cet autre déplacement du sens ne peuvent être perçus que comme très positifs : lATEJ demande, depuis 95, une politique pour les enfants spectateurs de théâtre et, plus largement, le Ministère de la Culture envisage une politique « jeunes publics » intéressant lensemble des arts de la scène. Personne ne saurait sen plaindre. Mais il faudrait, ce qui nest pas le cas, quil sagisse bien dune véritable politique cest-à-dire dun ensemble cohérent de mesures appuyées par des financements appropriés susceptible de répondre ainsi, très concrètement, aux objectifs dun nécessaire développement de la création et de la diffusion en direction dun plus grand nombre denfants et de jeunes. En dautres termes, il faudrait quil sagisse dune politique fondée sur une volonté explicite de développement culturel et sur la mise en synergie :
dun soutien simultané à la création et à la diffusion,
du rôle incitateur et régulateur de lEtat (notamment par la mise en uvre dun fonds dintervention spécifique),
de la pérennisation des actions existantes,
du développement de nouveaux projets par limplantation de nouvelles compagnies et de nouveaux établissements de diffusion spécialisés bénéficiant de conventions spécifiques.
Constat n° 6 (qui sexplique par le constat n° 4)
Nous sommes évidemment loin du compte.
A ce jour, aucune des dispositions partielles annoncées lors de la conférence de presse du 12 janvier 99 na été mise en uvre. Nous en restons à leffet dannonce.
Constat n° 7
Au regard des concertations et des évaluations auxquelles nous avons participé en tant que spécialistes, ces dispositions sont dailleurs très insuffisantes.
Elles se fondent sur une approche globalisante et donc réductrice des «jeunes publics» parmi lesquels les publics denfants ne semblent pas exister en tant que publics particuliers. Elles apparaissent comme peu attentives aux objectifs, aux enjeux artistiques et sociaux qui simposent à toute réflexion approfondie sur laccès des jeunes publics au théâtre (et aux diverses formes de spectacles vivants). Comme ces dispositions ne prennent pas suffisamment en compte la diversité et les identités des langages artistiques contemporains, il est difficile de croire quelles puissent, en tant que telles, constituer autant de «mesures fortes et symboliques ayant un effet dentraînement sur lensemble du spectacle vivant».
Lapproche choisie savère superficielle. Il ne suffit pas de mentionner les «jeunes publics» de façon incantatoire pour que cela constitue une politique. Ni de les aborder, comme cela est le cas, en tant que publics de complément, publics additionnels de laction culturelle généraliste. Il est réducteur de les envisager en termes de consommation, en tant que publics de masse, de «bassin de publics».
Une politique «jeunes publics» ne peut se réduire à une banale opération de marketing. Il sagit dart, au premier chef, et donc dabord de création théâtrale. Il sagit plus largement de soutenir et donc de financer, dans lintérêt du plus grand nombre denfants, un mouvement théâtral spécifique qui manifeste des projets artistiques particuliers, des modes de création, de diffusion, de formation toujours particuliers pour des publics particuliers.
Une authentique politique en faveur des «jeunes publics» ne peut être quune façon dexprimer politiquement le sens et les objectifs de leur accès à des pratiques de spectateurs en tant que personnes et futurs citoyens, dans le cadre de perspectives clairement assumées de développement culturel en direction du plus grand nombre.
Il faut enfin admettre quune politique en faveur des jeunes publics de théâtre nest pas totalement transposable, dans ses objectifs comme dans ses modalités, à lensemble des autres formes de spectacles vivants. En dautres termes chaque forme de spectacle vivant suppose une approche singulière de ses modes de création et de diffusion en direction des publics denfants.
En dépit de tous les efforts de lATEJ pour éclairer la complexité du débat, nous constatons que lapproche des services ministériels en reste au stade des approximations. La réflexion sur le fond a été sacrifiée sur lautel des impératifs budgétaires.
Constat n° 8
Les choix gouvernementaux qui imposent un désengagement financier progressif de lEtat ont pesé sur linstruction du dossier «jeunes publics». Autrement dit, on veut bien faire quelque chose mais on na pas les moyens de le faire. (Et surtout on ne veut pas arbitrer les quelques redéploiements budgétaires qui, sans dégâts majeurs étant donnée la modicité des sommes en jeu pour alimenter un fonds dintervention, pourraient assez facilement seffectuer au bénéfice des publics denfants et de jeunes enfin véritablement reconnus comme publics prioritaires).
A LA RECHERCHE DE LA PANACEE
On a donc choisi, dans ce domaine comme dans beaucoup dautres, de rechercher et de mettre en uvre une solution miracle. Cette baguette magique, cette nouvelle panacée, sappelle «établissements pluridis-ciplinaires».
De quoi sagit-il ? Lastuce est de «pluridisciplinariser» lensemble des établissements subventionnés par lEtat pour asseoir le désengagement de lEtat envers la création. En imposant à tous ces établissements une programmation pluridisciplinaire (il est bien question dobligation) on pense pouvoir résoudre, par la seule vertu de lélargissement des possibilités de diffusion, le financement de la création et les problèmes économiques des compagnies. On tente ainsi de faire croire que lon donne à tous alors, quen réalité, on ne donne que fort peu à quelques uns.
Obligation pluridisciplinaire pour les établissements et soumission de la création aux lois du marché culturel pour les compagnies sont ainsi les deux commandements de la nouvelle donne culturelle.
Le service public sera pluridisciplinaire ou ne sera pas. Lessentiel des dispositions prévues en direction des « jeunes publics » se fonde sur lobligation pluridisciplinaire. Il semble dailleurs, quen corollaire, il ait été envisagé de mettre en cause laction des artistes spécialisés ainsi que le financement des compagnies et établissements spécialisés. Cela aurait été toujours autant de gagné. Aujourdhui, cette perspective paraît être écartée par Dominique Wallon selon des précisions apportées par lui au sujet de la circulaire concernant les «scènes conventionnées» («Lettre du spectacle», 7 mai 99). La circulaire en préparation concernerait non seulement des «Lieux pluridisciplinaires» mais aussi des «salles spécialisées [
] dans les spectacles pour enfants».
VERS LA MARGINALISATION DU THEATRE ?
On ne peut dissocier la façon dont est abordée la question des jeunes publics, et particulièrement celle des jeunes publics de théâtre, des nouvelles dispositions concernant lensemble de lactivité théâtrale.
Les orientations générales de la politique ministérielle «pour le spectacle vivant» sont étrangement anti-théâtrales et participent dune évidente, sinon consciente, marginalisation du théâtre.
Il apparaît même quon ait voulu, à lencontre de toute pertinence, accréditer lidée que le théâtre ne serait plus un vecteur privilégié de laction artistique et culturelle.
Les « centres dramatiques nationaux » (CDN comme CDNEJ) se sont vus menacés, par exemple, de subir une forte modification de leur cahier des charges se traduisant par la perte de leur identité de «centres dramatiques » et par leur transformation en autant de « scènes nationales».
Autre mauvais coup pour le théâtre, la réforme du mode de subventionnement des compagnies prévoit la suppression des subventions annuelles de fonctionnement. Mauvais coup pour le théâtre dans son ensemble mais surtout pour les compagnies jeunes publics qui, pour la plupart, lorsquelles sont subventionnées par le Ministère de la Culture (ce qui est loin dêtre le cas pour la majorité dentre elles), relèvent de ce mode de financement.
Des dégâts considérables viennent de se produire dans plusieurs régions (Rhône-Alpes particulièrement) où de nombreuses compagnies jeunes publics se trouvent, dores et déjà, brutalement privées de subventions pour lexercice 99, au bénéfice dhypothétiques «aides à la production». Etant donné le niveau des financements disponibles et le mode de fonctionnement des comités dexperts on peut craindre, très légitimement, que ces aides à la production ne soient que très rarement affectées à la création théâtrale pour jeunes publics.
Nous attendons donc toujours une politique cest-à-dire des décisions véritablement fondatrices en faveur des «jeunes publics» et particulièrement des «jeunes publics de théâtre». Les publics denfants demeurent les laissés-pour-compte des décisions ministérielles annoncées lors de la conférence de presse de janvier dernier.
Dans ces circonstances, laccentuation de nos actions dans le cadre de lATEJ, pour la défense du droit des enfants au théâtre et pour la création dun fonds dintervention spécifique relève dune urgente nécessité.
NB : La concertation que la DMDTS entend aujourdhui «ré-engager», après plusieurs mois dinterruption, devrait permettre une approche plus satisfaisante du dossier «jeunes publics». Dominique Wallon vient de confier à Catherine Lephay-Merlin, responsable de la mission dobservation des publics, le soin de coordonner la réflexion et les travaux de sa direction sur la question. Le 17 juillet 99, dans le cadre des journées de la DMDTS au Festival dAvignon, une demi-journée sera consacrée aux jeunes publics avec notamment une rencontre sur linitiation au théâtre et à la danse autour de Jean-Claude Lallias et de Bernadette Leguil

LAVANT SCENE (Théâtre jeunes publics)
Ce numéro 164 de la revue «GRIFFON» est consacré, sous la direction de Dominique Bérody, à un dossier très complet, le premier du genre, sur lécriture dramatique pour jeunes spectateurs, les auteurs, les éditeurs.
«Le théâtre jeune public dont nous parlons sinscrit dans le champ dune littérature où les mots, le texte et la langue soffrent à la liberté des lectures et linvention du jeu. Art polysémique par excellence, «le théâtre de jeunesse» au sens exact de cette expression, cest-à-dire le théâtre qui accompagne cette période de la vie, sécrit dune encre existentielle qui incarne le verbe. Le théâtre, art fondateur dhumanité et de sens, ne peut se définir par le public auquel il sadresse. Le médium nest pas le message, et le destinataire du message nécrit pas le texte qui lui est destiné. Il le lit et en fait une lecture qui léclairera sur ce quil est, au moment où il en est.»
Pour toute commande sadresser à : Griffon 4 rue Trousseau 75011 PARIS (57F le numéro)
COMMENT LES ENFANTS DAUJOURDHUI VONT-ILS AU THEATRE ?
Pour répondre à cette question et accentuer ses actions en faveur dune politique de lenfant spectateur, lATEJ (Association du Théâtre pour lEnfance et la Jeunesse), a organisé, le 16 mai 1998, une journée de rencontres et détudes qui a rassemblé au TJS de Montreuil plus de deux cents artistes, professionnels de laction culturelle, enseignants...
Les échanges ont mis en évidence limportance, la diversité et la spécificité des formes de création et des modes de relations entre théâtre contemporain et publics denfants et de jeunes. Et lurgence, prioritairement de la part du Ministère de la Culture, dune politique théâtrale adaptée en faveur des nouveaux publics denfants et de jeunes.
Cet ouvrage qui réunit lintégralité des interventions et des débats de cette journée constitue un indispensable complément au livre blanc «Théâtre et nouveaux publics : pour une politique de lenfant spectateur» que lATEJ diffuse depuis 1995.
Disponible depuis mars 99

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